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Le visiteur qui traverse Cusset n’en voit souvent que ses grands immeubles modernes, tours et barres construites de 1960 à 1977. Mais s’il prend le temps de pénétrer au cœur de la ville, il découvrira d’étroites ruelles qui le feront plonger dans une atmosphère moyenâgeuse. Au gré de sa promenade, il passera devant de belles maisons gothiques, témoins de la richesse de la ville à la fin du Moyen Age. Une richesse due en partie à la puissante abbaye de bénédictines dans laquelle a pris place aujourd’hui l’hôtel de ville, et dont les vestiges rappellent que jusqu’à la Révolution, Cusset était dirigée par des femmes. Il pourra aussi visiter le musée et « les souterrains », vestiges des fortifications construites à la fin du XVe siècle , sur demande du roi Louis XI qui disait qu’elles étaient les belles de son royaume. Les souterrains, anciennes fortifications Bien qu’appartenant à la couronne de France, Cusset est une place frontière aux confins du Bourbonnais, de l’Auvergne et de la Bourgogne. Face à ses puissants vassaux, Louis XI décide de la doter d’imposantes murailles, parmi les plus puissantes du royaume. Ces fortifications furent élevées de 1476 à 1482 par le maître d’œuvres Vauzy de Saint-Martin. Aujourd’hui, les portes de Doyat et de Saint-Antoine conservent encore des galeries de défense qui desservaient six embrasures à la française à savoir des canonnières dont le plan en X, s’évasant aussi bien vers l’intérieur que vers l’extérieur sans affaiblir la muraille, permettant le pivotement du tube du canon. Sous un pont-levis en bois, les galeries enjambaient le cours d’eau. Celles-ci servaient de contremine pour écouter l’éventuel creusement d’une mine par l’assaillant et la déjouer ; quatre herses permettaient de continuer le combat en cas d’invasion. C’était la première fois en France qu’un tel système de défense était mis en place. Au gré des mariages et des alliances politiques, Cusset perdit son statut de ville frontière ; les murailles, devenues inutiles, furent détruites, les fossés comblés de gravats, ce qui explique qu’aujourd’hui les casemates se trouvent sous terre. Une partie des fossés a été plantée d'arbres ; le cours Lafayette fut aménagé entre 1767 et 1784, le cours Arloing en 1804 et le cours Tracy en 1831. La mise en valeur des souterrains En 1985, Nicolas Faucherre, archéologue préparant une thèse sur « Les citadelles du roi de France sous Charles VII et Louis XI », découvre une carte postale de la tour prisonnière de Cusset. Il s’y rend et rencontre Jean Renard, membre actif de l’Association des Amis du Vieux Cusset qui lui fait visiter les souterrains en partie comblés. Nicolas Faucherre, aujourd’hui professeur d’histoire médiévale et spécialiste de la fortification, venait de découvrir des fortifications du XVe siècle exceptionnellement conservées. En 1990, il propose aux Amis du Vieux Cusset de trouver, pour les vacances d’été, de jeunes bénévoles susceptibles de travailler au dégagement des souterrains. Avec le concours de l’union R.E.M.P.ART. (union d’associations de sauvegarde du patrimoine) et le soutien de la Ville de Cusset, des chantiers de bénévoles sont organisés de 1990 à 1995, et des tonnes de déblais sont évacués. En 1996, après d’importants travaux de rénovation et de mise en conformité effectués par les services municipaux, la Ville inaugure la porte de Doyat. En 1997, un second réseau de casemates, la porte Saint-Antoine, est ouvert au public. À l’origine, les fortifications de Cusset consistaient en une enceinte de pierre entièrement ceinturée par un vaste fossé en eau alimenté par le Sichon et flanqué de quatre portes et de cinq tours d’artillerie dont seule est conservée la Tour prisonnière. Aujourd’hui, le sous-sol de Cusset abrite d’extraordinaires vestiges de ces différentes portes qui ont été détruites à partir du XVIIe siècle. Le musée de la Tour Prisonnière
Le musée est installé dans la seule tour des fortifications ayant conservé son intégrité. Il présente trois niveaux de casemates sertissant une salle des gardes ouvrant vers la ville et un parement à bossages en damier noir et blanc, unique en France. Celle que l’on nomme la Tour prisonnière (car elle a servi de prison du XVIe siècle jusqu’en 1960) mesure 82,50 m de circonférence ; ses murs ont 6 m d’épaisseur. La porte d’entrée s’inscrit sous un tympan en ogive orné du blason de l’Ordre de Saint-Michel entouré de coquilles et de lobes. La prison ayant fermé en 1960, la Ville a acheté les bâtiments et les murs de l’imposante Tour prisonnière accueillent depuis 1980 le musée municipal qui abrite les collections de la Ville et celle des Amis du Vieux Cusset. Il s’agit d’un musée de site retraçant l’évolution urbanistique de Cusset, l’accent étant mis sur le XVe siècle. L'ancienne abbaye bénédictine
L'abbaye fut fondée par l'évêque de Nevers Eumène en 886, élevée par l'empereur Charles III le Gros au rang de fondation royale et consacrée en 989 par saint Fulcran, évêque de Lodève, qui la plaça sous le vocable du Saint Sauveur. Le pouvoir des bénédictines s'accrut de jour en jour et dura jusqu'à la Révolution. En 1793, l'abbaye est vendue au titre des biens nationaux et acquise par la commune pour y installer l'hôtel de ville et le tribunal ; les bâtiments abritent aujourd'hui encore la mairie. Côté cour (rue du Marché au Blé), on accède à l'intérieur par une porte d'ordonnance classique en pierre de Volvic, témoignage des derniers travaux de l'abbesse Diane de La Guiche au milieu du XVIIe siècle. Square Paul Duchon, le marché couvert est installé dans l'un des anciens cloîtres dont les arcades sont toujours visibles. Son aménagement en 1975 a permis de mettre au jour, entre autres, un chapiteau roman orné d'une sirène-oiseau. Les travaux réalisés en 2007-2008 ont également permis la découverte d'autres remplois de chapiteaux des XIIIe et XVe siècles. Ces vestiges sont conservés au musée. En 1859, l'aile de l'abbaye qui bordait l'actuelle place Victor Hugo est démolie et remplacée par les "magasins de ville", petites boutiques destinées à la location, surmontées d'appartements. Les clefs d'arc des trois portes sont ornées d'un cuir portant la mention A, B et C afin d'identifier les trois corps de logis. La clef centrale porte en plus la date de 1860 et un cordon noueux terminé de chaque côté par 2 glands, ornement extérieur de l'écu des ecclésiastiques ; leur nombre indique la fonction, et le cordon à 2 houppes est celui réservé aux abbés. L'abbaye devient collège, dès le XIIIe siècle, les chanoines ouvrent des écoles et en 1495 un collège dans les dépendances de la collégiale. Un autre établissement ouvre vers 1630 pour être agrandi en 1802, où il devient école secondaire et que Laetitia Bonaparte fait transférer dans le local des Capucins (angle du boulevard Jean Lafaure / rue Notre-Dame-des-Prés). Il disparaît en 1815 ; Arloing, maire de Cusset, demande son rétablissement en 1835 ; il fonctionne dès 1842, mais n'est ouvert officiellement que le 1er juillet 1843. En 1848, les dettes du collège contraignent la mairie à le transformer en institution privée, mais il redevient collège public en 1852. De 1887 à 1889, de gros travaux de réparations sont entrepris, et à partir de 1901, le collège se modernise réellement. Les instructions ministérielles du 9 octobre 1935 permettent d’ouvrir le collège à la population locale, non seulement masculine mais féminine, pour tous les degrés de l’enseignement secondaire classique et moderne (externat pour les jeunes filles). En 1942 , le gouvernement de Pétain ferme le collège et créé un lycée provisoire à Vichy qui fut conservé et transformé en lycée de filles : l’hôtel des Célestins. En 1943-1944, le collège est occupé par l’armée allemande. En 1946, d’importants travaux sont réalisés par l’architecte Lefort. La demande de rétablissement du collège mixte est accordée par le Ministère le 28 septembre 1946. Dès 1954, de nouveaux travaux sont entrepris. En 1973, le "vieux collège" d’enseignement général est fermé ; puis sous le nom d’Abel Boisselier, il devient un collège technique qui, à son tour quitte les lieux en 1999. En 2000 le collège quitte définitivement les locaux de l’ancienne abbaye pour s’installer à Puy Besseau, sous le nom de lycée Valery Larbaud. Actuellement, les locaux de la mairie ont investi cette place centrale qu'occupait l'abbaye. Un théâtre au milieu des bâtiments abbatiaux
Le nouveau théâtre, inauguré le 17 janvier 2008 sur les plans de l’architecte Maria Godlewska restitue aujourd’hui l’archéologie d’un théâtre qui a plus d’un siècle d’existence à Cusset. En effet, la façade actuelle a volontairement conservé les éléments architecturaux du théâtre que P. Lefort inaugure en 1951, après avoir remodelé celui de L. Tourteau ouvert le 10 mars 1895 en même lieu et place (au fond de la cour de la mairie, face à l’Hôtel de la Borderie et en retrait de la place Victor Hugo). Fin XIXe siècle, ce premier théâtre s’inscrivait alors dans le goût des théâtres à l’Italienne, tant par sa façade que par sa décoration intérieure : arcade en plein cintre sur deux niveaux, linteau portant l’inscription « Théâtre » entouré de palmes, gerbe de laurier dans une lyre, alors que la partie supérieure était déjà vitrée comme aujourd’hui ; à l’intérieur, plafond peint, décors en stuc, balcons décorés, lustre à cristaux. Après guerre, la mode du cinéma conduit P. Lefort à modifier la façade pour installer une cabine de projection dans une avancée en demi-cercle dans la partie supérieure, qui a été restituée. Deux niches cintrées abriteront plus tard deux statues de Chauchard : un homme et une femme à mi-corps, à l’abondante chevelure, masquant leur intimité par des masques de théâtre, qui ont réintégré leurs nouvelles niches en mai 2009. Aujourd’hui, le théâtre du XXIe siècle conserve l’architecture de pierre extérieure de P. Lefort, alors que la verrière initiale de L. Tourteau réapparaît à travers le prisme de verre et de couleur de l’avancée, qui se démultiplie comme une immense fenêtre ouverte sur un avenir prometteur. |








